5. L'hippocratisme
Hippocrate a exercé sur la pensée médicale, au cours de plus de vingt siècles, une influence analogue à celle qu'a exercée Aristote sur la pensée philosophique. Parfois contestée, souvent admirée, et plus souvent encore déformée en fonction de ce que l'on voulait y chercher, l'œuvre hippocratique a été un modèle de référence constant pour la médecine occidentale depuis l'Antiquité jusqu'au début du xixe siècle ; de tout temps, deux courants se sont côtoyés et ignorés : à côté d'études précises sur la Collection hippocratique se sont développées d'étranges légendes autour du médecin de Cos.
Pour le prestige d'Hippocrate pendant l'Antiquité, significatif est le jugement d'Oribase, médecin de l'empereur Julien (ive s. apr. J.-C.) : lorsqu'il rassembla, à la demande de l'empereur, les textes des plus excellents médecins pour faire une encyclopédie médicale, son critère de choix resta l'hippocratisme. La diffusion en Occident se fit surtout à travers l'hippocratisme de Galien (iie s. apr. J.-C.), qui fut un grand commentateur des œuvres hippocratiques, et aussi par l'intermédiaire des traductions latines anciennes (Cassiodore recommande dès le vie siècle à ceux qui ne lisent pas le grec de lire Hippocrate et Galien en latin), des traductions arabes (le grand traducteur est Hunayn ibn Ishāq au ixe siècle), relayées par des traductions latines plus récentes faites sur le grec ou sur l'arabe (xie-xiiie s.), traductions qui eurent dans la basse Antiquité et au Moyen Âge une diffusion beaucoup plus large que le texte grec. Tant que l'hippocratisme a été connu à travers Galien, la théorie hippocratique par excellence fut celle des quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune et bile noire, ou atrabile) composant la nature de l'homme à laquelle on ajoutait celle des quatre tempéraments suivant la prédominance de l'une de ces quatre humeurs. Paradoxalement, à la suite de Galien, on attribuait à Hippocrate, comme théorie fondamentale, ce qui était l'œuvre de son disciple Polybe.
La Renaissance marque un retour au texte grec (conservé grâce à Byzance et édité pour la première fois à Venise en 1526) […]
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