4. La pensée hippocratique
L'une des caractéristiques de la pensée hippocratique est le souci de l'observation. Tout ce qu'il est possible de percevoir par les sens est consigné avec minutie, car le moindre détail peut avoir la valeur d'un signe ; le pronostic, comme le diagnostic, ne peuvent résulter que d'un ensemble de signes. Certaines observations cliniques sont restées justement célèbres, comme le « faciès hippocratique » ou encore l'incurvation des ongles dans certaines pneumopathies (« doigt hippocratique » avec ongle « en verre de montre »). L'auscultation immédiate était déjà pratiquée par certains médecins qui appliquaient l'oreille contre la poitrine pour écouter des bruits internes dans des affections pulmonaires (par exemple « bruit du cuir », « bruit du vinaigre ») ; cette pratique du ve siècle avant J.-C. ne réapparaîtra pas avant le xixe siècle. Sans doute cet esprit d'observation était-il limité par de sérieux obstacles. La dissection des cadavres n'étant pas pratiquée, l'anatomie interne reste fort sommaire. La description des vaisseaux sanguins par Polybe, disciple d'Hippocrate, ne mentionne même pas le cœur. Le pouls et les battements normaux du cœur ne sont pas notés ; le battement des vaisseaux aux tempes est considéré comme un symptôme pathologique. Pour la physiologie, les médecins étaient réduits à imaginer des processus internes (flux d'humeurs) par analogie avec des processus externes : par exemple certains organes en forme de ventouses, comme la tête, la vessie ou l'utérus, attirent les humeurs. Mais les médecins ont consigné, dans la description des maladies ou des malades, une foule d'observations concrètes et précises sur les symptômes, sur les signes pronostiques et sur le processus de développement de la maladie (crise, dépôt, récidive, métastase), en essayant de dégager de la masse des observations particulières des lois plus générales. Certaines maladies sont bien décrites (oreillons avec orchite, fièvres paludéennes, fièvres typhoïdes, pneumonie, ph […]
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