3. Heuristique générale ou la logique de la découverte
Toute épistémologie est tenue de décider de deux problèmes : comment la certitude peut-elle être atteinte dans la connaissance scientifique – problème que l'on a coutume d'indexer sous le titre de « problème des fondements » –, et comment la découverte est-elle possible, découverte qui s'insère dans un mouvement spécifique résumé dans le terme de « progrès ». C'est la réponse à cette seconde interrogation que prend en charge une heuristique générale ou une logique de la découverte.
Chaque problème souffre d'un paradoxe initial. L'examen des fondements doit démêler le trilemme dit de Münchhausen : la recherche de fondements ultimes conduit ou à une régression à l'infini, ou à une fondation circulaire formant une pétition de principe, voire une justification autoréférentielle, ou enfin à la décision d'un arrêt arbitraire dans la régression pour choisir une base arbitraire. L'heuristique doit résoudre, elle, le paradoxe de Ménon (Platon, Ménon, 80 d-e) : la découverte est impossible. L'argument se développe ainsi : il n'est pas possible de trouver si l'on ne sait pas ce que l'on cherche et quoi chercher. Si on le sait, il est inutile de le chercher puisqu'on l'a déjà. On connaît la solution platonicienne : la recherche est anamnèse, redécouverte du déjà-su, passage de l'implicite à l'explicite. La réponse suit le mouvement du paradoxe : on découvre ce que l'on sait car, d'une autre manière, on ne le savait pas. Toute épistémologie de la découverte, toute théorie de la recherche doit prendre en compte le paradoxe initial de l'heuristique générale.
L'une des directions théoriques qui a été empruntée afin de dépasser l'aporie consiste à élaborer une théorie de la connaissance qui « dilate » l'immédiateté de la connaissance en jeu dans le paradoxe, en introduisant une distance entre l'esprit et la réalité. Cette distance se présente comme un accès aux choses – on retrouve la méthode (meta-hodos) comme via, ac ratio (Cicéron) […]
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