Avec Herzog (1964), son sixième roman qui lui valut le prix Pulitzer, l'écrivain américain Saul Bellow (né en 1915) se révèle non seulement comme l'un des romanciers américains les plus intelligents de sa génération, mais probablement comme le plus grand styliste de son temps. Le livre fut pourtant l'objet d'attaques violentes lors de sa parution : on accusa son auteur de prôner le conservatisme culturel et d'ériger la souffrance en marque d'honneur de l'intellectuel.
Le protagoniste, Moses Herzog, est un universitaire auquel sa thèse sur l'état de nature et son ouvrage Romantisme et Christianisme ont valu une certaine notoriété. En pleine dépression, il compose en pensée des missives et des épîtres qui ne parviendront pas à leurs destinataires mais qui lui permettent de reconsidérer les échecs de sa vie et les tragédies de la culture occidentale. Il se déplace sans cesse, voyage, erre dans les rues, fait des projets sans suite (par exemple, celui de tuer sa femme et l'amant de celle-ci). Il parle sans arrêt, comme pour emprisonner la réalité dans le réseau des mots. Ce faisant, il parvient, par […]
