3. L'esprit et la forme de l'œuvre
Cette attitude a quelque chose d'ouvert et de tolérant, qui correspond au caractère de l'homme, et que l'on retrouve dans la façon même dont se déroulent ses narrations. Littérairement, Hérodote a combiné les moyens que lui offraient les divers genres florissant alors. Écrite en ionien comme l'épopée, son œuvre a, comme l'épopée, ses scènes de bataille et ses scènes intimes ; et elle a de même des discours et des dialogues, et des bons conseillers que l'on n'écoute pas. Elle a aussi mille anecdotes, que l'on peut mettre en relation avec les récits romanesques que devait connaître l'Asie. Elle a des scènes organisées, où l'intérêt est ménagé, et où les personnages, pour finir, cèdent devant l'autorité des dieux, dont ils n'avaient pas compris les oracles ; ces scènes font penser, de la façon la plus directe, à la tragédie athénienne. Mais avant tout, cette œuvre a un accent personnel ; elle est d'un abord facile, gentiment ironique, toujours concrète, jamais prétentieuse, remplie de renseignements et vivante.
On peut s'interroger sur ses intentions – qui sont parfois plus subtiles qu'une apparente naïveté ne pourrait le laisser croire. Une seule est mise en avant ; et elle correspond bien au sens grec de la mesure : si elle était plus systématique (mais rien, dans Hérodote, n'est jamais systématique), elle ferait penser au monde tragique. Hérodote, en effet, croit aux dieux. Il croit que certaines choses « devaient arriver » – parce qu'elles avaient été décidées par eux. Aussi aime-t-il à recueillir les oracles et à les signaler. Et il aime à montrer, quand l'occasion s'en présente, que les dieux renversent volontiers tout ce qui s'élève trop haut. À cet égard, deux grandes figures se répondent, au début et à la fin de l'œuvre : celles de Crésus et de Xerxès.
L'histoire de Crésus fournit le point de départ de l'œuvre. Pour la raconter, Hérodote remonte même plus haut, jusqu'au crime accompli par Gygès contre Candaule. Ce crime a mis Gygès […]
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