5. Correspondances entre le monde et l'homme
Dans ce cadre se laissent facilement lire les couples contrariés sur lesquels s'articule la cosmologie héraclitéenne. Au commencement, un être primordial au nom du Feu s'échange contre la Mer, et la Mer à son tour s'échange, mi-partie contre la Terre, mi-partie contre un élément que désigne le mot de Praester, au sens vraisemblable d'une atmosphère chargée de vapeurs plus ou moins humides ou sèches et inflammables. Entre ces trois (ou quatre) éléments s'établit un équilibre avec compensation dans les échanges. La « juste proportion » dont le respect assure la pérennité de l'ordre porte le nom de Logos. Les trois ensemble équilibreraient la réserve primordiale du Feu. Ainsi vit et meurt à perpétuité un monde, sous la menace d'un Incendie qui consumerait tout ; et peut-être en effet le consumera-t-il au retour d'une grande année. Mais le point est sujet à controverse. Mieux vaut croire, sans doute, que tantôt l'un, tantôt l'autre l'emporte, au rythme des jours, des nuits et des saisons (DK 30). On peut représenter le monde dans le schéma suivant :
au commencement : Feu et ensuite :
Mer → Praester
Feu devant Mer{ Mer → Terreavec aller et retour (DK 31).
Le même schéma enfermerait une anthropologie, pourvu qu'on opère une substitution de mots. Le Feu s'appelle alors une Psyché (âme). Cette « âme » s'échangerait contre le principe liquide de la « semence », et la semence à son tour se partagerait en « âme-souffle » et en « corps », avec des parties plus ou moins dures et molles, selon la proportion des éléments terreux, liquides ou ignés. Les justes proportions entre les parties, la juste balance de toutes les parties contre l'âme assurent la durée d'un « anthropos » toujours en train de vivre et de mourir. Il appartient à l'âme-souffle de se maintenir plus sèche ou plus humide. L'âme la plus sèche est dite la meilleure, parce qu'elle est mieux disposée, sans doute, à s'échapper en souffle et en flamme (DK 118).
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