2. Le Logos
On peut entendre par Logos une leçon concernant un principe, pour lequel le nom serait encore l'Unique ou la Chose sage, nommée de préférence au neutre (DK 32, 41, 108). Il n'y a pas à distinguer l'un de l'autre, comme la parole se distinguerait du sens, et encore moins à pratiquer la distinction du sujet de la connaissance et de son objet. C'est une leçon de sagesse, celle-là même que prononce un enseignant dont l'ego s'efface sous le sens de la leçon (DK 50), et qui vise l'Unique assemblant les contraires. Savoir lire le Logos à même l'expérience quotidienne est le fait d'un homme « en éveil », dont la parole éveille le sens endormi des meilleurs. Quant aux autres hommes, « tout ce qu'ils font réveillés leur échappe, comme ils oublient ce qu'ils font endormis » (DK 1).
Les formules énonçant l'Unique ou la Chose sage lui donnent aussi des noms divins au choix (DK 32 et DK 67). Parmi plusieurs noms, un nom convenable élève au rang suprême du « règne » et de la « paternité » le principe de Polémos ou de la Guerre (DK 53). Manière de dire, sans doute, que le principe suprême rapproche des contraires affrontés, à ajuster les uns avec les autres en un équilibre sans cesse menacé de dislocation. Cette loi vaut dans tous les domaines et à plusieurs niveaux. Il est donc vain de distinguer une cosmologie d'une anthropologie, et une anthropologie d'une politique. Les mêmes formules se laissent lire à plusieurs registres, et toutes concourent à exprimer la même loi de l'ajustement des contraires affrontés, dite encore sous le nom divin de Harmonia.
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