2. L'architecture théâtrale
C'est toutefois dans le domaine de l'architecture théâtrale que le rôle historique de Van de Velde est le plus sensible ; paradoxalement, c'est également celui où l'architecte connaîtra les échecs les plus cuisants de sa carrière. Son projet pour le théâtre Louise Dumont à Weimar (1903-1904), dont la façade arrondie trahit l'influence de Gottfried Semper, sera finalement réalisé par deux autres architectes, Heilmann et Littmann, en 1908. Van de Velde y avait notamment prévu une scène tripartite, dispositif scénique dont il revendiquera toujours, mais à tort, la paternité. Invité en 1910 à modifier les plans de Roger Bouvard pour le théâtre des Champs-Élysées à Paris, il se voit rapidement dessaisi du projet par les entrepreneurs auxquels il avait fait appel : en assurant la construction du théâtre en béton armé – Van de Velde avait d'abord songé à une structure métallique –, Auguste et Gustave Perret s'approprient en effet la totalité d'une œuvre dont la façade est encore marquée du sceau de leur confrère belge. Artiste plus que constructeur, Van de Velde est, ici, en partie victime de sa faible formation technique. L'affaire du théâtre des Champs-Élysées suscitera une vive polémique jusqu'en 1914, attisée après la guerre par un nouveau différend : en 1925, Van de Velde accuse les frères Perret de lui avoir pris, pour le théâtre de l'Exposition des Arts décoratifs de Paris, la scène tripartite du théâtre de l'Exposition du Deutsche Werkbund à Cologne (1913-1914), l'œuvre la plus aboutie de sa période allemande. Cette construction éphémère avait été l'occasion pour lui non seulement de mettre à l'épreuve un plan qu'il projetait depuis dix ans, mais encore de procéder à une recherche esthétique qui annonçait l'architecture expressionniste d'Erich Mendelsohn. Au terme d'une décennie particulièrement riche en publications, Van de Velde prendra violemment position contre la standardisation des œuvres d'art, prônée par l'architecte allemand Hermann Muthesius.
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