Ce « platonicien de Cambridge » est un penseur qui intéresse à la fois l'historien des sciences religieuses et ceux de la théosophie, de la philosophie et même de la littérature anglaise. Henry More fut surtout un théosophe au sens le plus vrai et le plus pur de ce terme, en ce qu'il a cru obtenir une illumination métaphysique, une connaissance directe de la réalité ineffable qui se cache derrière les apparences sensibles ; on retrouve chez lui le thème des correspondances, les techniques contemplatives de libération spirituelle et l'idée de la supériorité de l'intuition sur le raisonnement. More a essayé de réunir en une harmonieuse synthèse Descartes et Platon, la kabbale et le rationalisme du xviie siècle, le vitalisme néo-platonicien et la physique nouvelle. Mais aux « correspondances » mécaniques de Descartes il oppose les « monades » ; il enseigne l'existence d'un « Esprit de nature », ou âme du monde guidant les processus naturels selon la volonté divine. Newton s'est inspiré de More, qui a correspondu aussi avec l'alchimiste Thomas Vaughan.
Parmi les disciples de More, c'est-à-dire les « platoniciens de Cambridge » (cf. Serge Hutin, Henry More. Essai sur les doctrines théosophiques chez les platoniciens de Cambridge, Hildesheim, 1966), il faut citer Ralph Cudworth (1617-1688), théoricien du « médiateur plastique », ou âme universelle, grâce à laquelle Dieu peut exercer son activité dans toute la création sans y être vraiment immanent ; Joseph Glanvill (1636-1680), adversaire d'Aristote et de la scolastique classique, préoccupé aussi de phénomènes métapsychiques (Sadducismus triumphatus, 1681) ; l'origéniste George Rust (mort en 1670), qui croit, comme More et Glanvill, à la préexistence des âmes et à leur chute.
Antoine FAIVRE
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