4. Écologie littéraire
Sa vie durant, Thoreau sera animé par la passion de la nature sauvage et il écrira un bel essai à sa gloire, Marcher (Walking). Il fera de la nature son principal sujet d'écriture au point qu'on lui reconnaît la paternité d'un genre littéraire : nature writing, où se mêlent sensibilité poétique, savoir scientifique et militantisme en faveur de la protection de l'environnement.
Après 1855 surtout, le Journal abonde en descriptions détaillées, caractérisées par la nomination exacte des plantes, parfois complétées de petits schémas maladroits lorsque le langage manque de précision. Bien qu'il résiste à la professionnalisation de la science, Thoreau accorde moins de place à la subjectivité de l'observation : il prend appui sur le réel, méthodiquement perçu et mesuré. Influencé par ses contacts avec des botanistes de Harvard et ses lectures d'œuvres scientifiques, dont celle déterminante du naturaliste allemand Alexander von Humboldt, il dresse des inventaires de la faune et de la flore, date ses découvertes, insiste sur les phénomènes de transition, les variations, les répétitions : l'accumulation de faits bruts donne lieu à des listes et des tableaux. À force d'observations, il perçoit l'interaction entre plantes et animaux dans un biotope donné, avance des lois qui régissent un réseau de phénomènes comme la succession des arbres dans une forêt, ou la dispersion des graines. Le travail sur la fertilité de la nature l'amène à réfuter le créationnisme et l'idée de génération spontanée défendus par Louis Agassiz ; aussi, lorsqu'en 1860 il lit L'Origine des espèces, il accepte sans réserve l'hypothèse de Darwin. Naturaliste amateur, il participe au débat d'idées scientifiques, et ses études de limnologie et de phénologie seront reconnues.
Son intérêt pour la nature conserve toujours une visée humaniste : il considère indispensable de sauvegarder cet environnement essentiel aux hommes. Dans l'essai sur les fruits sauvages (Wild Fruits), il appelle à préserver le patrimoine sauvage et suggère de créer des parcs naturels, lieux de régénération pour l'humanité future. À l'heure où les Américains négligent les grands écrivains de la Renaissance américaine, Thoreau reste présent comme un précurseur de la dissidence écologique et un résistant aux pouvoirs économiques destructeurs de la nature.
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