3. Les drames contemporains
Est-ce la conscience de l'impasse où le menaient ces sortes de spéculations ? Pendant quatre ans, Ibsen n'écrit plus rien ; il voyage beaucoup, se fixant pour quelque temps à Munich, puis revient à Rome. En 1877, avec les Soutiens de la société (Samfundets Stötter), il inaugure une nouvelle série de pièces, les drames dits contemporains parce que leurs sujets sont pris dans l'actualité, au prix d'une curieuse alchimie littéraire où s'amalgament données réelles, théories sociales, politiques et philosophiques, intentions satiriques et créations de personnages d'une admirable vérité. Sans doute y retrouve-t-on l'influence de B. Björnson qui, avec Le Rédacteur (1874) et Une faillite (1875), rendait, lui aussi, les armes au réalisme ; à vrai dire, après avoir sacrifié à tous les genres, s'être intéressé à toutes les époques et conçu tant de théories, il était naturel que, poussé par l'esprit de son temps, Ibsen fût tenté d'incarner ses idées dans des personnages réalistes et contemporains. La satire est nette : « Cette surface fardée et dorée que présentent les grandes sociétés, que cache-t-elle au juste ? vide et pourriture, si j'ose dire. Aucun fondement moral à la base. En un mot, des sépulcres blanchis, ces grandes sociétés d'aujourd'hui. » Pourtant, on ne saurait s'en tenir à cela : les drames contemporains n'ont rien de tableaux de mœurs purs et simples ; on y retrouve sans peine les idées-thèmes de l'auteur, la soif de vérité qui torture l'individu, et l'affirmation finale : « L'esprit de vérité et de liberté, voilà les soutiens de la société. »
La démarche est plus nette encore dans Maison de poupée (Et Dukkehjem, 1879). La pièce part d'un fait divers, l'histoire de cette Laura Kieler qu'a connue Ibsen ; femme d'un professeur, elle a, secrètement, emprunté pour sauver son mari malade et se le verra reprocher ensuite : l'affaire s'était terminée par un divorce. Les thèses féministes, lancées par Camilla Collett, faisaient alors fureur en No […]
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