« Il est par excellence le psychologue de l'enfance », a dit d'Henri Wallon René Zazzo. Certes, la psychanalyse de même que la théorie piagétienne de l'intelligence ont fourni des contributions majeures à l'étude du développement de l'enfant. Cependant, par rapport à celles-ci, l'œuvre de Wallon tient son importance particulière de la multiplicité, quasi exhaustive, des types d'approche qu'elle applique à son objet d'étude. Elle envisage, en effet, la psychogenèse de l'enfant selon l'ensemble de ses aspects – affectif et cognitif, biologique et social –, mettant en œuvre une méthode à la fois « concrète et multidimensionnelle » (Tran-Thong). Aussi bien cette méthode est-elle de type comparatif, impliquant des références à un large éventail de domaines connexes : psychopathologie de l'enfant et de l'adulte, psychologie animale, psychosociologie de la pensée sauvage. Enfin, la psychologie génétique déborde pour Wallon le cadre strict de la psychologie de l'enfant, dans la mesure où elle constitue la méthode même d'une psychologie générale, conçue comme connaissance de l'adulte à travers l'enfant.
1. De la médecine à la psychologie
Issu d'un milieu de bourgeoisie intellectuelle, Henri Wallon entre à l'École normale supérieure (1899), où il prépare l'agrégation de philosophie (1902). Docteur en médecine (1908), puis assistant du professeur Nageotte à Bicêtre et à la Salpêtrière, il tient une consultation pour enfants atteints d'arriération mentale et d'agitation motrice (1908-1931). Médecin militaire pendant la guerre de 1914-1918, il acquiert une expérience neurologique qui lui permet d'interpréter rétrospectivement ses premières observations sur les enfants anormaux. Après sa thèse sur L'Enfant turbulent (1925), il devient directeur d'études à l'École pratique des hautes études (1927) – où il anime le Laboratoire de psychobiologie de l'enfant, qu'il a fondé en 1922 –, puis professeur à l'Institut national d'études du travail et d'orientation professionnelle (1929), chargé de cours à la Sorbonne ( […]
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