7. Le peintre
Il est particulièrement difficile de « donner à voir », à l'aide des mots, ce que Michaux, contre les mots, invente, de traduire sa vision au moyen d'un langage qu'il a voulu, justement, fuir dans l'image. Et il ne saurait être question de retracer, en quelques lignes, un itinéraire aussi sinueux que le sien, à travers tant de techniques diverses : huile, lavis, gouache, aquarelle, dessin, encre, acrylique. Tout au plus pourra-t-on s'interroger sur la nature de l'expérience plastique, chez Michaux, et indiquer les principales directions dans lesquelles elle s'est engagée.
Michaux nous apprend que, jusqu'en 1925, il « haïssait la peinture, et le fait même de peindre ». C'est qu'il n'y voyait encore qu'une façon de reproduire, de répéter le réel, « l'abominable réalité » ; il n'avait pas encore découvert qu'elle pouvait être, aussi, l'inventaire de l'invisible. Le recours à la peinture procède, chez lui, d'une instinctive méfiance à l'égard de l'énorme machinerie du langage, de ce que sa préexistence à toute démarche créatrice a de cruellement contraignant, pour l'homme des mots. Sans doute les images elles-mêmes tendent-elles à se constituer en système de signes, mais ce système n'est pas aussi strictement codifié, hiérarchisé ; il ne nous emprisonne pas dans un réseau aussi serré d'habitudes, de mécanismes, de structures. Il semble donc plus facile de rejoindre, à travers l'expérience picturale, le primitif et le primordial, d'entrer en contact, avec ce qu'on a « de plus précieux, de plus replié, de plus vrai, de plus sien ».
Si, en passant de la poésie à la peinture, Michaux change de « gare de triage », s'il regarde le monde « par une autre fenêtre », les motivations profondes de la démarche créatrice demeurent les mêmes. Peinture et dessin peuvent être tour à tour – ou à la fois – agression et exorcisme, approche tâtonnante de l'être et tentative de « se parcourir » ; ils partent, eux aussi, du même refus de toute imitation, du même projet de donner forme à l'informe.
L'une des voies qu'e […]
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