7. Une fenêtre sur l'abstraction
La fusion de ces deux instances n'élude pas, dans la peinture de Matisse, un mode de compensation de la couleur par le dessin qui, tout en permettant la reconnaissance des figures, maintient son art au bord de l'abstraction. Porte-fenêtre à Collioure (1914) est devenu l'emblème de ce seuil infranchissable que la fenêtre ouverte, ne donnant plus sur un espace illusionniste, vient matérialiser.
Cette même œuvre confronte l'observateur à un principe de transposition coloré qui conduit le peintre, tenant compte des exigences internes de l'espace de la toile, à utiliser un noir profond pour restituer en termes purement picturaux une luminosité aveuglante : « Les Orientaux se sont servis du noir comme couleur, notamment les Japonais dans les estampes. Plus près de nous, poursuivait Matisse, d'un certain tableau de Manet il me revient que le veston de velours noir du jeune homme au chapeau de paille [dans Le Déjeuner, 1868, sans doute] est d'un noir franc et de lumière. » Matisse ne situait cependant cette découverte dans sa peinture qu'avec Les Marocains, réalisé de 1915 à 1917. Un tableau, comme en témoigne sa correspondance avec Charles Camoin, auquel il pensait sans doute depuis son retour de Tanger en février 1913 : « ... C'est un souvenir du Maroc, c'est la terrasse du petit café avec les fainéants alanguis devisant vers la fin du jour. On aperçoit le petit marabout blanc du bas, le mauvais croquis ne te dira pas grand-chose. Ce ballot représente un Arabe couché de côté sur son burnous, les deux crochets sont les jambes. »
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