Associé dès les années vingt à la revue Philosophies, à laquelle contribuèrent N. Guterman, P. Morhangue, G. Politzer et G. Friedmann, Henri Lefebvre s'efforce d'organiser le foisonnement d'idées de ce groupe de jeunes philosophes qui essayaient de se frayer un chemin entre le rationalisme académique d'Alain et de Brunschvicg, d'une part, l'intuitionnisme de Bergson, d'autre part. Publié dans cette revue, l'article « Fragments d'une philosophie de la conscience » (1924) préfigure les thèmes principaux de la pensée de Lefebvre : le rapport entre la pensée conceptuelle et l'action, une analyse des opérations de la langue et de la pensée, les rapports ambigus entre les moments (le jeu et l'art, la fête et le quotidien, la jouissance et la répression, la vie et la mort), le concept du possible, le thème de l'Autre qui anticipe la théorie de l'aliénation. Malgré les divergences et les conflits, les relations de Lefebvre et de ses amis avec les surréalistes (Tzara, Eluard, Breton) feront place à un dialogue fécond développé en particulier à propos de l'idée de la révolution et de la critique du quotidien. La revue Esprit, qui succède à Philosophies, développe la question de la nature et celle du lien entre le corps et la conscience. De la lecture comparée de Spinoza et de Schelling jaillit, toujours dans la revue, un autre thème majeur de la pensée de Lefebvre : la dialectique du conçu et du vécu.
La tension angoissante entre la négation absolue de la réalité existante et l'aspiration à un monde nouveau poussera Lefebvre, et ses amis philosophes et poètes, à rechercher des formes efficaces d'intervention dans la réalité. Adhérant au marxisme et au P.C.F., ils crurent devoir rejeter leurs idées « bourgeoises ». Lefebvre, cependant, tout en acceptant la base de l'interprétation officielle de la pensée de Marx, insistera sur le côté humaniste de l'œuvre de Marx : le problème de l'aliénation, l'idée de l'homme total, le problème de la liberté et de la théorie du dépérissement de l'État. Dans cette lignée s'inscr […]
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