Henri Laurens, sculpteur français de l'école de Paris, est l'un des plus brillants représentants du mouvement cubiste. Son interprétation des principes fondamentaux de celui-ci se signala d'emblée par sa rigueur et son raffinement. De cette période, Laurens a légué un ensemble de constructions en matériaux hétéroclites et de bas-reliefs polychromés qui fournissent la plus scrupuleuse des traductions spatiales des procédés du cubisme synthétique. Son œuvre évoluera lentement vers une exaltation très personnelle des formes féminines dans un esprit de totale indépendance vis-à-vis de la réalité. Inlassablement repris jusqu'à sa mort, le thème de la femme plus ou moins mythique servira à Laurens pour exprimer sa conception, l'une des plus originales de la statuaire contemporaine, des rapports qu'entretiennent les volumes avec le vide.
1. Une difficile acclimatation
Né dans une famille d'ouvriers parisiens, Henri Laurens est un autodidacte. La fréquentation assidue d'un cours du soir ne compte guère en regard de la rude leçon que lui donne, par la taille directe des pierres sur le chantier, son métier de sculpteur ornemaniste. En 1911, sa solitude est rompue par la rencontre de Braque et la naissance d'une amitié qui ne se démentira pas. Il expose pour la première fois au Salon des indépendants en 1913. Léonce Rosenberg organise sa première exposition particulière en 1916. Ainsi s'amorce une carrière féconde, discrète, ennemie des vaines gloires, mais saluée par les plus grands artistes de ce temps, et que jalonnent plusieurs consécrations officielles : prix Helena Rubinstein (1935), participation importante à l'Exposition universelle de 1937, aux Biennales de Venise (1948, 1950), rétrospective du musée national d'Art moderne de Paris (1951), enfin grand prix de la biennale de São Paulo (1953).
L'adhésion de Laurens au cubisme peut paraître tardive. Lorsqu'il consent enfin, en 1916, à livrer au public les fruits d'un travail accompli selon les règles de la nouvelle esthétique, […]
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