L'un des plus originaux des nombreux dessinateurs humoristes, illustrateurs et affichistes des années 1900. Le style d'Henri Gustave Jossot, d'une schématisation brutale rehaussée de couleurs sans nuances et d'un trait uniformément noir, était l'arme dont il voulait se servir comme anarchiste. Des historiens ont émis l'hypothèse que ce style pouvait avoir touché les fauves, dont certains collaboraient aux mêmes journaux que Jossot ou fréquentaient les mêmes cafés. Vlaminck était abonné à L'Assiette au beurre, pour laquelle Jossot dessina dix numéros spéciaux ; Rouault a traité avec plus de profondeur et de technique les mêmes thèmes (les « juges » en particulier). Le personnage était fort curieux puisque, abandonnant sa carrière de militant anarchiste et de dessinateur, il se retira dans le Sud algérien, se convertit à l'islam et à la polygamie sous le nom de Abdul Karim ; il mourut très âgé à Sidi-Bou-Saïd (Tunisie). Sa période de production s'étend de 1894 à 1906. Il commence par des lithographies (La Vague, pour L'Estampe originale, mars 1894) et des affiches de publicité commerciale pour les pains d'épice, le Pernod, les biscuits Pioupiou ou les sardines Amieux. Il donne ses dessins aux principaux journaux anticonformistes de l'époque (Cocorico, La Plume, Le Rire) pour se consacrer exclusivement après 1901 à L'Assiette au beurre. Parallèlement, il publie des albums de dessins chez Baudet et Ollendorf : Artistes et bourgeois en 1894, avec une préface de Willy, Minces de trognes (1896), Pochetées (1898), Femelles (1901). En 1906, il collabore avec trois dessins à l'album des Temps nouveaux, seule publication illustrée authentiquement anarchiste. Sa dernière œuvre semble avoir été une affiche pour le syndicat d'initiative tunisien (un dromadaire) en 1928. Il a exposé au Salon des 100 (1894), au Salon de la société nouvelle (1895), à celui des artistes indépendants (1910-1911) et au Salon d'automne de 1908 à 1911.
Michel MELOT
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