2. Une démarche exigeante
Perfectionniste, Dutilleux ne livre ses œuvres qu'après une lente gestation qui permet à son tempérament aussi minutieux que scrupuleux de soigner tous les détails. En outre, il remanie ses partitions à la lumière des enseignements que les premières exécutions lui apportent. Aussi rigoureux avec lui-même que Dukas ou Duparc, il a, comme eux, détruit la plupart de ses œuvres de jeunesse. D'autres restent inédites et il refuse que son ballet, Le Loup, soit joué en concert car cette œuvre est pour lui indissociable de la chorégraphie, des décors et des costumes.
Si l'héritage traditionnel de la musique française (rigueur classique, attirance vers l'impressionnisme) est sensible dans ses premières œuvres publiées, dès le lendemain de la guerre Dutilleux s'écarte de tout chemin préétabli. Il refuse l'académisme comme le dodécaphonisme. Toutes les nouveautés de la musique d'alors le passionnent ; il en tire profit mais sans accepter les rigueurs d'un système. Conscient que le compositeur moderne ne peut effectuer un retour en arrière, il cherche sa propre voie dans un style à mi-chemin entre le modal et l'atonal. « Je travaille très lentement. J'ai l'obsession de la rigueur et je cherche toujours à insérer ma pensée dans un cadre strict, formel, précis, dépouillé. » Sa démarche tient compte de plusieurs constantes : « D'abord dans le domaine de la forme, le souci de répudier les cadres préfabriqués avec un attachement évident à l'esprit de la variation. D'autre part, une prédilection pour une certaine matière sonore (primauté accordée à ce qu'on peut appeler « la joie du son »). Ensuite, le refus de la musique dite à programme, ou même de toute musique chargée de message, bien que je ne refuse pas à cet art une signification d'ordre spirituel. Et puis, enfin, sur un plan plus technique, la nécessité absolue du choix, de l'économie des moyens, cette notion s'imposant immanquablement à tout artiste à la naissance de l'œuvre nouvelle. »
Les préoccupations […]
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