L'historial de la Grande Guerre de Péronne et le musée d'Arles antique ont permis à l'architecte Henri Ciriani d'échapper au statut de bâtisseur de logements et d'équipements sociaux qui fut longtemps le sien. Dans ces œuvres, Ciriani a déployé dans toute sa plénitude un remarquable talent de concepteur de formes et de manipulateur de la lumière.
Alors qu'il n'avait pas encore terminé ses études d'architecture, Henri Ciriani, fils de général de l'armée de l'air péruvienne (il est né en 1936), avait eu la chance de construire dès 1960 quelques villas et surtout de travailler à de vastes complexes urbanistiques, au sein de l'atelier créé par le ministère des Travaux publics de son pays. Jeune diplômé, il eut la responsabilité de très grands ensembles (plan de Ventanilla, ville satellite de Lima pour laquelle il a réalisé 300 logements, une église et des écoles, des centaines de logements pour Matute, Rimac, San Felipe). Cette activité dura jusqu'à son départ pour la France en 1964, pays où il allait s'établir et dont il prendra même la nationalité en 1976. Ces débuts l'ancrèrent étroitement dans une vision très volontariste et progressiste de son métier, qui accorde une importance prépondérante au domaine politique et social.
À Paris, Henri Ciriani travaille d'abord pour l'architecte André Gomis, tout en participant pour son propre compte à divers concours internationaux (notamment pour l'aéroport de Luxembourg et pour l'hôtel de ville d'Amsterdam qui, en 1967, firent connaître son graphisme incisif et efficace, et lui valurent, insigne honneur pour un architecte aussi jeune, de figurer deux fois en couverture de la revue L'Architecture d'aujourd'hui). Ciriani est un grand dessinateur, consacrant de longues heures de solitude à tracer des perspectives minutieuses, mettant au point les qualités spatiales de ses constructions, et retravaillant certains projets refusés par des jurys de concours parfois plusieurs années après leur échec (ainsi ceux de l'Opéra de la Bastille, en 1983, ou […]
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