Journaliste dès l'âge de seize ans, Henri Barbusse fut d'abord influencé par le Parnasse et par le symbolisme. Ses premiers poèmes, réunis en recueil en 1894 sous le titre Le Mystère d'Adam, furent salués par Mallarmé et par Barrès. Puis cet ami de Heredia évolue vers le naturalisme, et son roman L'Enfer (1908) est une fresque sociale à la manière de Zola. La guerre vient accentuer son engagement : dès qu'elle est déclarée, ce pacifiste convaincu s'engage en première ligne, et c'est sur un lit d'hôpital qu'il écrira Le Feu (1916). Il s'agit donc du livre de guerre d'un combattant, et son sous-titre, Journal d'une escouade, indique que Barbusse souhaite donner à son témoignage la dimension collective de l'épopée. Les scènes quotidiennes des tranchées, la pluie, la faim, l'absurdité des combats et des morts sont décrits avec un réalisme dépouillé qui conquiert l'émotion. Barbusse s'intéresse uniquement aux combattants de base, cette énorme masse ignorante et méprisée par ses chefs : les soldats ne savent rien, ni ce qui les attend au combat ni même pourquoi ils combattent, pour la défense de quels intérêts. Barbusse ne mêle aucune grandiloquence à sa condamnation de la guerre, à son exaltation de la fraternité entre les hommes ; si dans ces combats se forge un idéal, ce n'est pas un idéal humaniste mais un idéal révolutionnaire qui le conduit au communisme. Chez beaucoup des combattants de la guerre resta l'espoir qu'elle serait la dernière, mais peu firent suivre cette prise de conscience d'un engagement politique et du procès de la société qui avait conduit au combat. Barbusse adhère en 1923 au Parti communiste français. Ses deux romans, Clartés (1919) et La Lueur de l'aube (1921), sont empreints de conviction révolutionnaire. En 1935, Barbusse meurt à Moscou au cours d'un voyage.
Antoine COMPAGNON
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