2. Un Européen convaincu
Imposant par sa corpulence, il a connu une ascension politique régulière, fruit d'une tranquille assurance, d'une grande confiance en soi et d'un sens développé de la stratégie politique. Homme du peuple, il fait peu de cas des idéologues, des intellectuels et des journalistes qui raillent sa lourdeur, son manque d'esprit et de culture, son provincialisme. Il a pour lui la patience, la persévérance, la ténacité et la pugnacité grâce auxquelles il survit à toutes les crises. Homme de conviction, il ne nourrit pas de grandes visions ; avec bon sens et pragmatisme, il développe des idées simples et précises sur les grands sujets de notre temps.
Le bilan de son œuvre sur le plan intérieur est controversé car il n'a pas réussi à juguler le chômage, à freiner l'endettement public et à réformer le système des prestations sociales. Mais il a puissamment contribué à faire avancer l'intégration européenne et, surtout, à faire adopter la monnaie unique européenne. Profitant des crises et réformes en U.R.S.S. et en Europe de l'Est, Kohl a su faire prévaloir en 1989-1990 son projet de l'unité allemande, avec le soutien des grandes puissances et des voisins de l'Allemagne. Par ses relations étroites avec les présidents français et par l'attention toute particulière qu'il accordait à la France, il a toujours souligné le caractère privilégié de la relation franco-allemande.
Député fédéral, président d'honneur de la C.D.U. (poste dont il démissionnera en janvier 2000), Helmut Kohl est nommé « citoyen d'honneur de l'Europe », par le Conseil européen de Vienne des 11 et 12 décembre 1998.
Cette immense popularité s'effondre quand il apparaît, en novembre 1999, qu'il a entretenu pendant des années un ingénieux système de caisses noires alimentées par les milieux d'affaires. Helmut Kohl recueillait ainsi pour son parti des fonds importants sans les déclarer, comme la loi l'exige pour rendre plus transparents les rapports entre la politique et l'argent. Comme il persiste dans son refus de révéler l'origine de ces fonds, il doit affronter une commission d'enquête parlementaire et plusieurs procédures judiciaires. Son Tagebuch (Journal) de 1998-2000 traduit une totale incompréhension pour les exigences de la morale politique. Déconsidéré, il ne lui reste plus qu'à écrire ses Mémoires et à mettre fin à sa carrière politique aux élections de 2002.
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