3. Limites d'une révolution
S'il est vrai que l'œuvre scientifique de Copernic est déroutante – déroutante par sa minceur même, par les conditions de son apparition et, il faut bien l'avouer, par certaines de ses faiblesses –, s'il est vrai que Copernic a été ignorant de ses propres richesses, la simple objectivité oblige à cette constatation : avec Copernic, et avec lui seul, s'amorce un bouleversement d'où sortiront l'astronomie et la physique modernes. Les jugements et les choix de Descartes, de Galilée et de Kepler, pour ne citer que les plus grands, pèsent plus lourd dans la balance que les arguties des compteurs d'épicycles ! Il y a, sinon révolution, amorce certaine d'une révolution par l'ouverture profonde pratiquée dans l'enceinte de la forteresse aristotélicienne qui paraissait pourtant inexpugnable.
Les articles consacrés à l'héliocentrisme notent très souvent cette conséquence évidente que la Terre devient une planète comme toutes les autres, mais oublient généralement d'attirer l'attention sur la réciproque, d'une tout autre importance : si la Terre est une planète, alors les planètes sont des Terres ! Or la Terre est habitée, et donc, par analogie, pourquoi les planètes ne seraient-elles pas, elles aussi, habitées ? À partir du xviie siècle, la croyance en l'habitabilité des planètes du système solaire est largement répandue, Huygens y consacre son Cosmotheoros et Fontenelle, cartésien bon teint, ses... Entretiens sur la pluralité des mondes ; Kant, dans son Histoire universelle de la nature et théorie du ciel de 1755, consacre un long chapitre à la « psychologie » des habitants des différentes planètes, et Laplace lui-même, bien que son positivisme lui interdise d'aborder un problème qu'il n'a pas les moyens de résoudre, n'est pas choqué par cette croyance. Et, à la fin du xixe siècle, Camille Flammarion croira encore à l'habitabilité des planètes.
Autre conséquence, encore plus importante, de l'héliocentrisme proposé par Copernic : la réflexion sur la fini […]
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