4. Une amitié exemplaire
Rencontré dès la fin des années 1950, Jacques Derrida restera, à tous les sens du terme, le premier lecteur d'Hélène Cixous : premier lecteur de ses œuvres, il resta surtout le premier lecteur parce que le plus subtil, le plus intelligent, ce dont témoigne sa longue étude H.C. pour la vie, c'est-à-dire...
Insister. À Jacques Derrida (2006) en a donné à son tour la mesure : cette amitié a joué un rôle considérable dans l'œuvre et la vie d'Hélène Cixous. Non seulement par l'échange permanent qui les a nourris l'un l'autre quarante-cinq ans durant, échange autant poétique que philosophique (durant ces années où s'imposait la notion de « déconstruction »), mais aussi par le poids considérable qu'a eu sur la scène publique l'engagement de Jacques Derrida en lecteur d'Hélène Cixous. Si cette connivence s'était manifestée bien avant, le public n'en a réellement pris conscience qu'en 1998, à la parution de Voiles, un magnifique ouvrage où se tissent leurs voix à partir d'une fiction hantée par la myopie et l'aveuglement.
Voiles est d'autant plus important dans l'histoire mouvementée de la réception française de l'œuvre de Cixous qu'il est le premier à avoir été publié aux éditions Galilée, devenu l'éditeur de tous ses livres à partir de la mise en sommeil des éditions Des Femmes (2000), maison dans laquelle elle avait choisi de publier durant plus de vingt ans. C'est aussi pour cette raison très matérielle que Voiles a participé au dévoilement d'une autre Hélène Cixous que celle que stigmatisait une partie du milieu littéraire parisien, caricaturant à souhait son engagement militant. Cette stigmatisation procédait d'une ignorance d'autant plus grande que l'engagement d'Hélène Cixous ne s'est jamais borné au féminisme, pas plus que son écriture. Non seulement elle fut l'un des maîtres d'œuvre de la révolution universitaire qu'a provoquée la création de l'université de Vincennes, en 1968, mais elle fut aussi, et par exemple, l'un des militants les plus actifs du fameux G.I.P., « groupe d'information sur les prisons », au côté du philosophe Michel Foucault, son ami, durant les années 1970.
L'engagement primordial d'Hélène Cixous n'en reste pas moins l'engagement littéraire. C'est ce qui l'incite à poursuivre depuis plus de vingt ans un séminaire bimensuel au Collège international de philosophie, dévoilant des mondes par le dépliement d'une phrase et la mise en lumière des puissances souterraines qui agissent les textes comme les hommes, le plus souvent à leur insu.
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