Helen Frankenthaler appartient à la seconde génération de peintres expressionnistes américains qui ont travaillé sur les apports des De Kooning et des Pollock tout en mettant ainsi en cause l'unité fictive de l'action painting. Helen Frankenthaler a utilisé la technique de la « couleur tache » (stained color, selon l'historien d'art Sam Hunter), versée directement sur le support.
Élève du peintre mexicain Rufino Tamayo, puis de l'Américain Paul Feeley, Helen Frankenthaler, qui est née en 1928 à New York, fait, en 1951, une rencontre décisive avec Pollock, dans l'atelier de celui-ci. Elle en retient l'utilisation de grands formats et la confrontation avec la toile sans châssis, posée directement sur le sol. Dilués dans la térébenthine, les pigments pénètrent non seulement la surface, mais aussi l'épaisseur du support posé par terre. Les variations d'intensité des plages colorées s'élaborent en fonction de la quantité de peinture versée et de la fréquence de son application en une même zone. Produites sans idée préalable de leur forme, ces taches colorées sont pourtant, pour Helen Frankenthaler, des figures faisant allusion à un objet ou à un thème de représentation. Les titres qu'elle donne à ses œuvres sont souvent inspirés par la nature (Spring Bank, 1974, Musée national d'art moderne - Centre Georges-Pompidou, à Paris ; The Bay, 1963, Detroit Institute of Arts). « J'ai un sens de l'espace que je pourrais mettre en relation avec des paysages », dit l'artiste. Le musée d'Art moderne de New York a présenté en 1989, avec quarante toiles, une rétrospective de son œuvre peint et la National Gallery of Art de Washington a exposé ses gravures en 1993. Par sa technique « tachiste », elle rejoint les préoccupations exprimées plus d'un siècle auparavant par les préromantiques anglais comme Cozens ou Romney.
Depuis sa première exposition personnelle, à la galerie Tibor de Nagy, à New York en 1951, Helen Frankenthaler participe à de nombreuses manifestations : Guggenheim Museum, New York (1998) ; Museum of Modern Art, New York (2000) ; Neue Nationalgalerie, Berlin (2004) ; National Gallery of Australia, Canberra (2006).
Élisabeth LEBOVICI
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