2. Une histoire de l'art sans noms
Au moment des Principes fondamentaux de l'histoire de l'art, la théorie de Wölfflin est fondée sur quatre présupposés :
1o La théorie de l'art ne vise pas l'exploration du cas singulier, la manière qui distingue l'artiste de ses contemporains, mais la découverte des traits généraux de l'évolution artistique.
2o L'art possède une évolution relativement autonome qui justifie l'analyse interne de « ce qui est spécifiquement artistique dans l'œuvre d'art ».
3o L'objet de cette analyse n'est pas l'expression, mais la qualité abstraite, première par rapport à l'expression ; la qualité du style est « ce qui va de soi » pour Holbein et pour Michel-Ange, la forme de la vision commune à tous les artistes d'une même époque et qu'ils ne sauraient mettre en cause.
4o Le niveau de la qualité est constitué comme « langue artistique » (Kunstsprache), possédant une grammaire et une syntaxe qui organisent la « pure visualité » dans une « relative inexpressivité ». En effet, le choix des objets à représenter et le système de formes qui les accueille se conditionnent réciproquement ; or le choix d'objet entraîne une certaine expressivité.
Ces présupposés ne rendent pas compte de la genèse des moyens d'expression ; ils ne s'appliquent à l'art qu'au moment où celui-ci, parvenu à sa maturité, n'évolue plus par l'augmentation de ses possibilités, mais par leur restriction ; lorsqu'il est possible et nécessaire de choisir entre la ligne et la tache de lumière, entre la surface et la profondeur. Pour Wölfflin, l'Occident est parvenu à ce stade avec la Renaissance italienne.
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