3. Le goût amer de la satire...
Plaidoyer pour les purs, les idéalistes, les inadaptés, réquisitoire contre les opportunistes oublieux du passé et soucieux de réussite, tel apparaît le roman ambitieux, à la technique faulknérienne, Les Deux Sacrements (Billard um halbzehn, 1959) où les « agneaux » sont opposés aux « buffles » : bâtisseurs, banquiers, hommes politiques, nazis reconvertis. Ce caractère ne disparaîtra plus de l'œuvre, même si le manichéisme n'est pas toujours aussi évident et si le ton varie, allant de la satire incisive et mordante dans La Collection de silences du Dr Murke (Doktor Murkes gesammeltes Schweigen, 1958) au style direct, agressif, visant à l'effet, des Essais, critiques, discours (Aufsätze, Kritiken, Reden, 1960-1967), ou de la méditation poétique douce-amère du Journal irlandais (Irisches Tagebuch, 1957) pour aboutir au sourire grinçant et douloureux du clown dans La Grimace (Ansichten eines Clowns, 1963). Moderne Thésée abandonné par Ariane, dans le labyrinthe du « catholicisme politique allemand », Schnier n'est plus relié que par le téléphone à un monde légal et institutionnalisé où l'on ne reconnaît plus à l'amour sa valeur de sacrement. Ce « Candide » malade, ce « bouffon » triste choisit la « rue » pour y chanter et mendier. Le divorce moral avec l'Église et la société est ici ressassé dans un soliloque ; les leitmotive créent un climat morbide ; l'humour a un goût de fiel. Résignation ? Déchéance et défaite ? Commencement de libération ? Le doute subsiste. Faut-il donc se garder Loin de la troupe (Entfernung von der Truppe, 1964) pour être et demeurer homme ?
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