2. « Où étais-tu, Adam ? – J'étais à la guerre. »
La guerre interrompt ses premiers essais littéraires, qui resteront inédits, et la lecture des écrivains dont il se sent proche : Hebbel, Kleist, Dickens, Dostoïevski, Bloy, Mauriac et Bernanos. Fantassin et soldat de première classe, Böll connaît les garnisons de Pologne, les fronts de France et de Russie, les hôpitaux de Roumanie et les dangereuses péripéties de la désertion. Fait prisonnier par les Américains, puis libéré en novembre 1945, il retrouve à Cologne Anne-Marie Cech, qu'il a épousée en 1942 et qui lui donnera trois fils. Plongé dans des études de germanistique, il travaille aussi dans l'atelier de menuiserie de son frère et au bureau des statistiques de Cologne. Il ne vivra librement de sa plume qu'à partir de 1951. Comme celle de Wolfgang Borchert, son œuvre est d'abord littérature de la guerre et des ruines (Trümmerliteratur). Les premières short stories de 1947 où l'on sent l'influence de Hemingway, réunies ensuite sous le titre La Mort de Lohengrin (Wanderer, kommst du nach Spa..., 1950), le premier long récit en prose, Le train était à l'heure (Der Zug war pünktlich, 1949), et les trois romans suivants, Où étais-tu, Adam ? (Wo warst du, Adam ?, 1951), Rentrez chez vous, Bogner (Und sagte kein einziges Wort, 1953), Les Enfants des morts (Haus ohne Hüter, 1954), concentrent leur thématique autour de la « monstrueuse machinerie d'ennui sanglant ». Tragique alibi de la responsabilité déléguée, la guerre substitue au principe de la réalité un ordre absurde et inhumain. C'est aussi le cortège de la misère, du marché noir, de la solitude, le désarroi du retour, les difficultés de la réadaptation. La reconstruction de l'Allemagne, le redressement économique creusent encore le fossé entre victimes et profiteurs, amènent l'établissement d'une société « restaurative », et Böll considère comme « manquée » la « grande chance » qu'aurait représentée pour son pays un recommencement à partir d'une alliance marxiste-catholique.
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