Écrivain et citoyen allemand « à part entière », Heinrich Böll a reçu pour son œuvre abondante, traduite en trente-cinq langues, de nombreux prix (dont le prix du Groupe 47, le prix Büchner, le prix de la Tribune de Paris et le prix Nobel de littérature en 1972) et a été président du Pen Club international de 1971 à 1974. Ses écrits (romans, nouvelles ou essais) sont indissociables de son expérience amère du national-socialisme et de la guerre, de ses rapports difficiles avec l'Église catholique de son pays, de ses désaccords avec la société ouest-allemande, enfin et surtout, de son amour de l'écriture.
Catholique sincère, mais peu docile, homme de gauche, mais indépendant, Böll ne s'oppose pas à ce que l'on parle d'« anarchie » à propos de son message, si ce terme signifie toutefois « s'éloigner de la troupe » pour rester fidèle à l'homme, et si l'on y adjoint celui de « tendresse ». Écrivain engagé certes, il refuse de laisser enfermer cette notion dans le jeu d'une simple contestation politique. Il faut plutôt chercher l'origine de son engagement dans l'interrogation permanente de l'écriture « inconsolable » devant l'état du monde. Le terreau d'où surgissent les événements détermine l'objet de cette interrogation, mais le préalable est existentiel et humain. Cette obligation de traiter d'une question, parce que l'on ne peut échapper à telle ou telle interrogation, c'est la « morale du langage », dit Böll. L'écriture, de par sa fonction mystique, son pouvoir d'incarnation, sa liberté absolue, sert un idéal humaniste et chrétien qui veut sauvegarder, jusque dans ses aspects extrêmes de marginalité, de déchéance, l'autonomie, l'authenticité de l'homme. Ainsi son œuvre se présente-t-elle, par-delà la distinction des genres, comme un processus continu d'écriture, tendant à réaliser un programme « d'esthétique de l'humain » – défini dans les Conférences de Francfort (Frankfurter Vorlesungen, 1966) –, dans un climat où le pessimisme se libère dans l'humour, où l'espoir, réfugié dans la tendresse et l'hu […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



