4. Le romantique vrai
Le mouvement romantique apportait dans la littérature, dans les arts, dans les modes de sentir et de vivre un renouvellement total qui ne pouvait pas ne pas trouver son reflet dans l'imagination des compositeurs. L'un des tout premiers à son époque, Berlioz est arrivé à la maturité créatrice avec une sorte de fièvre, de désordre intérieur, de passion avide de briser toutes les digues que l'âge classique lui avait opposées. Il se produit alors une sorte de porte-à-faux. Les générations qui l'ont précédé lui laissent entre les mains un outil qui n'est autre que celui de la tradition académique. Il trouve bien dans Beethoven, qu'il admire frénétiquement, des indications sur les moyens de s'en évader. Mais elles portent plus sur la forme que sur le langage. Le jeune Berlioz se trouve en proie à une imagination fougueuse. Elle lui dicte des idées mélodiques d'un caractère tout à fait étrange. Il lui faut s'inventer à leur intention des moyens techniques qui jettent sur lui, lorsqu'il les produit au grand jour, la suspicion déprimante entre toutes pour un grand créateur : « Il ne sait pas la musique. »
Prenons sa « Complainte du roi de Thulé » dans La Damnation de Faust que, naïvement – peut-être pour se faire excuser –, il appelle une chanson gothique. Toute la mélodie est pleine d'intervalles et de modulations peu communs, et il est évident que son harmonisation a posé à Berlioz un sérieux problème. C'est pourquoi tous les Beckmesser de l'époque, et d'ailleurs aussi de la nôtre, lui en ont fait reproche. On peut, bien sûr, imaginer – surtout si l'on ne craint pas de recourir à une technique moderne – une manière différente d'harmoniser cette chanson, en changeant moins les accords de Berlioz (à quelques exceptions près) que leur disposition (c'est-à-dire l'étagement des sons qui les composent, par exemple en mettant plus d'air entre eux). Mais, après avoir tenté l'essai, on s'aperçoit soudain que l'on a affadi le morceau et que, finalement, on a fait à peu prè […]
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