2. Forcer le succès
À partir de 1842, la vie de Berlioz se partage entre ses voyages à travers l'Europe et la série de ses tentatives désespérées pour élargir, à Paris, un public qui lui est fidèle mais qui ne lui assure pas un succès durable.
En 1846, La Damnation de Faust tombe dans l'indifférence générale. Couvert de dettes, Berlioz part l'année suivante pour la Russie. Il en reviendra renfloué, après une tournée triomphale, puis ira chercher fortune à Londres où il ne la trouvera pas et où il sera surpris par la nouvelle de la révolution de 1848. Il revient à Paris désemparé, obsédé par la maladie d'Harriet Smithson – qu'il a quittée mais non abandonnée, et qui, paralysée, traînera cinq ans avant de mourir en 1854. Il écrit son Te Deum, espère vainement le voir exécuté au sacre de Napoléon III, repart pour Londres où une cabale provoque l'effondrement de Benvenuto Cellini, puis pour Weimar où, avec la même œuvre, son fidèle ami Franz Liszt lui offre une éclatante revanche.
En octobre 1854, la mort de son père le met en possession d'une petite aisance. Il épouse Marie Recio malgré le tort qu'elle lui porte. L'Enfance du Christ lui procure le plus franc succès qu'il ait connu depuis longtemps à Paris. Un nouveau séjour à Londres le rapproche très sensiblement de Wagner, avec qui ses relations ont connu des hauts et des bas, malgré les efforts de Liszt. Mais Marie Recio se chargera de brouiller les cartes et elle parviendra même, lors de la chute de Tannhäuser, à l'Opéra de Paris, en 1861, à obtenir de Berlioz la seule réaction déplaisante qu'on puisse lui reprocher dans toute sa carrière. La mort viendra, en 1862, débarrasser le musicien de cette détestable compagne.
Dans cette même année, Béatrice et Bénédict, à Baden-Baden, fit l'unanimité de la critique française, belge et allemande, et, en novembre, Les Troyens à Carthage eurent à Paris vingt et une représentations, ce qui implique un honorable succès.
Les dernières années de Berlioz s'écouleront dans une morne grisaille, assombrie par la maladie, ainsi que par la mort du fils qu'il avait eu d'Harriet. Il se traîne péniblement jusqu'en Russie, manque de mourir une première fois de congestion cérébrale sur les rochers de Monte-Carlo et s'endort enfin, épuisé, à soixante-cinq ans, le 8 mars 1869.
Réduite ainsi à ses faits essentiels, il manque à cette vie le pittoresque intense, le panache, le mouvement dramatique dont son tempérament ne cessa de l'animer parfois jusqu'à l'excès.
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