Reconnu à juste titre comme un parfait technicien et un professionnel de haut niveau, le saxophoniste ténor américain Harold Land mériterait tout autant de l'être comme un remarquable musicien. Grâce à un profond attachement aux valeurs émotionnelles du blues et de la ballade, il s'exprime avec la même intensité et la même sincérité dans un large éventail de styles, du swing et du bop au hard bop et au post-bop. Aussi à l'aise dans la tradition de Duke Ellington et de Coleman Hawkins que dans les aventureuses expériences d'Eric Dolphy, il ne cesse de montrer un ensemble de qualités rares : architecture ferme et solide, sonorité prenante et tendue, phrasé fluide et sinueux, élégance raffinée. De quoi valoir à un musicien trop mésestimé une place plus en vue dans la hiérarchie du jazz.
Harold De Vance Land, né le 18 décembre 1928 à Houston (Texas), passe l'essentiel de son enfance à San Diego, en Californie. Ses parents lui offrent un saxophone ténor pour ses seize ans. En découvrant en 1945 la légendaire interprétation de Body and Soul par Coleman Hawkins (1939), il décide de se lancer dans une carrière musicale. Deux autres figures emblématiques du saxophone – Lucky Thompson puis, bien sûr, Charlie Parker – complètent ses références.
Harold Land effectue ses premiers enregistrements en 1949, pour la firme Savoy. En 1954, il quitte San Diego pour s'installer à Los Angeles, où il travaille en free-lance et fait une rencontre capitale, celle d'Eric Dolphy, qui le présente à Clifford Brown : le trompettiste lui propose de remplacer Teddy Edwards dans le légendaire quintette de hard bop qu'il anime avec le batteur Max Roach ; Land cédera sa place à Sonny Rollins en janvier 1956, six mois avant la mort de Brown et de son pianiste Richie Powell dans un accident de voiture, le 26 juin 1956. Au sein de ce quintette, Land manifeste un art consommé, dans les ballades nostalgiques comme dans les solos énergiques, ainsi qu'en témoignent les albums Brown and Roach Incorporated (1954), Clifford Brown & Max Roach […]
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