6. Vers de nouvelles harmonies
• Béla Bartók
Entre les deux guerres et immédiatement après la dernière, on put assister à divers efforts de synthèse d'un langage harmonique nouveau. Celui de Béla Bartók, d'un chromatisme exacerbé, repose sur l'usage de certains modes dont le plus courant dans son œuvre apparaît comme une combinaison du mode de fa (ou hypolydien) et du mode phrygien de ré. Il énonce à partir du do une gamme où le fa est monté d'un demi-ton et le si baissé d'un demi-ton.

D'autre part, Bartók a mis au point une théorie qui, associant étroitement entre elles des tonalités à distance de quarte augmentée (par exemple do-fa dièse), en considère les éléments comme interchangeables. On aboutit ainsi à des complexes faits de quatre tonalités différentes. Par exemple, do majeur est associé, d'une part à fa dièse majeur (à distance de quarte augmentée), d'autre part à la mineur, ton relatif, et à mi bémol mineur (à une quarte augmentée de la mineur).
À l'intérieur du discours musical tout son, tout accord appartenant à une de ces quatre tonalités peut être remplacé par le son ou l'accord correspondant dans l'une des trois autres. Il est aisé d'imaginer à quelles richesses et quelles complexités de langage une telle technique peut aboutir.
Bartók fait en outre largement usage, dans des accords d'une signification diatonique et tonale bien déterminée, de l'accord majeur exprimé simultanément avec son homologue mineur. Ces accords majeurs-mineurs se retrouvent largement exploités chez Stravinski, notamment dans Le Sacre du printemps.
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