3. Le corps utilisé comme matériel artistique
Si l'art corporel ne peut cacher sa dette envers le happening, tous ses créateurs récusent plus ou moins totalement celui-ci. Tous refusent en lui la théâtralité et le goût du spectaculaire et démonétisent par la même occasion la définition donnée par George Brecht : « Je ne pense pas qu'il y ait une différence entre le théâtre et n'importe quel autre geste que je fais », bien que l'événement tel qu'il est conçu par lui puisse être interprété solitairement sans aucune altération du sens. La différence la plus claire entre le happening et l'action corporelle réside essentiellement dans le fait que l'action corporelle est un acte individuel et ne devant pas être reproduit. Seule la photographie permet d'en conserver une trace, un constat (pour employer la terminologie habituelle), qui constitue l'œuvre elle-même. Au niveau du concept, la différence est plus nette encore : il ne s'agit plus de faire participer à une fête ou de faire se révéler des instincts, fussent-ils les plus nobles, mais de faire prendre conscience des déterminismes sociaux. À cet égard, Vito Acconci, qui a été le premier créateur de l'art corporel aux États-Unis, a déclaré dans un entretien publié dans le deuxième numéro de la revue arTitudes, en novembre 1971 : « Il s'agit de provoquer une motivation, d'atteindre à une question plus privée. Dans un happening, il y a une ouverture, dans mon cas, il y a comme un espion qui observe une action. Ce qui est intéressant, c'est de modifier une situation. » L'art corporel, qui a aussitôt recruté de nombreux adeptes, a d'abord été le fait de cinq artistes : deux Américains, Vito Acconci et Dennis Oppenheim ; une Italienne, Gina Pane ; un Français, Michel Journiac, et un Suisse, Urs Lüthi.
Contrairement au happening, l'art corporel est né de la poésie et de l'insuffisance des mots. « Au départ, a déclaré Vito Acconci, je ne pensais pas devenir artiste. Mes premiers travaux utilisant le corps comme matériel sortent de […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



