L'activité professionnelle du Brémois Hans Scharoun s'étend de 1920 à 1970, et les mouvements les plus importants de l'architecture moderne allemande sont marqués par ses œuvres.
Les débuts du fonctionnalisme, illustrés par Gropius, mouvement qui allait déboucher sur le Bauhaus et, plus tard, sur l'« architecture internationale », ont eu en Allemagne une coloration très particulière : l'ensemble des artistes d'avant-garde exprimait à travers l'expressionnisme une attitude éloignée du rationalisme ascétique d'Adolf Loos. C'est pourquoi Bruno Taut, Hans Poelzig, Finsterling et Mendelsohn ont exploré à cette époque un grand nombre de formes et de structures qui indiquent une vision différente de l'architecture « cubiste ».
Scharoun participe à ces mouvements (le Ring fondé en 1926, la revue Frühlicht dirigée par Bruno Taut) et est aussi imprégné à cette époque des théories « organiques » de Hugo Haring, qui explique que la forme architecturale doit être déduite de la complexité des fonctions de la vie. Haring analyse la fonction de chaque élément du bâtiment et conçoit ainsi de libres assemblages de formes complexes.
C'est à partir de ces techniques que Scharoun aborde les problèmes les plus importants de son temps et qu'il propose des solutions toujours originales marquant à chaque fois la réflexion sur un certain nombre de thèmes.
Sa conception de l'habitat collectif (développée en particulier dans les immeubles Roméo et Juliette à Stoccarda 1954-1959) montre comment les appartements d'un immeuble peuvent constituer un véritable espace architectural qualifié par le simple agencement de quelques cloisons. Cette démarche donne naissance à un habitat où l'architecture ne se manifeste ni par les matériaux, ni même par les formes (en tant que plaisir esthétique dont les formes seraient la source), mais uniquement par l'articulation des espaces et de la vie qu'ils rendent possibles.
L'école de Darmstadt, édifiée en 1951, est aussi un exemple de la façon dont Scharoun renouvelle les données d'un programme : c'est la vie de chaque classe qui lui donne sa disposition, et la forme de l'ensemble semble le résultat presque aléatoire de ces organisations élémentaires.
Le théâtre, la salle de concert ont aussi été réévalués par Scharoun, aboutissant sans doute au plus grand chef-d'œuvre de l'architecture organique allemande : la salle du Théâtre philharmonique de Berlin (1956-1963).
Bernard HAMBURGER
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