4. Les étapes d'une floraison
Les premières années, les plus décisives, de Memling à Bruges demeurent obscures malgré les tentatives des critiques d'y reléguer les compositions encore trop symétriques ou anguleuses (Crucifixion, Vicence ; Vierge trônant, Kansas City ; Martyre de saint Sébastien, Bruxelles, où perce une influence passagère de Thierry Bouts) ou trop denses (Diptyque, Munich). Et cependant, lorsque son œuvre émerge soudain, en 1470, dans la pleine clarté d'une chronologie précise, elle manifeste d'emblée une totale maîtrise des moyens d'expression. Après la Passion synoptique de Turin (1470), surgit le monumental Jugement dernier de Dantzig, chef-d'œuvre complet, d'une force dramatique encore inégalée. Quelques années plus tard sans doute se place le Triptyque Donne (Londres) où s'affirment déjà le rythme assoupli et la maîtrise de l'expression de l'espace qui caractériseront la période d'apogée, dominée par le Retable des saints Jean, dit Mariage mystique de sainte Catherine (1479, Bruges), le Retable de Jean Floreins (1479, Bruges), Les Joies de la Vierge (1478-1480, Munich), l'Annonciation Lehman (1482, New York), le Retable Moreel (1484, Bruges), où s'épanouit un style sûr, ample et d'une harmonie que l'on peut qualifier de classique. Il ne semble pas que Memling soit allé plus loin, si ce n'est dans le portrait. Un évident souci de plaire édulcore quelque peu ses ultimes compositions religieuses, conçues comme des enluminures (Châsse de sainte Ursule ; Diptyque de Jean du Celier, Paris) ou enjolivées de motifs décoratifs du Quattrocento, dont elles sont la première apparition en Flandre (Vierge au trône, Vienne et Florence ; Résurrection, Paris). L'artiste apparaît un peu à court de souffle lorsqu'il aborde le grand Retable de la Passion de Lübeck (1491), où l'on soupçonne d'ailleurs la collaboration d'assistants.
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