L'engouement dont Memling a été l'objet durant plus d'un siècle est un phénomène de l'histoire du goût, dont l'artiste est resté longtemps prisonnier. Redécouverte à l'époque romantique dans le cadre d'une Bruges déjà idéalisée, son œuvre apparaît tout au long du xixe siècle comme l'incarnation parfaite de la mystique du Moyen Âge finissant. La facilité apparente de son art, l'exaltation qu'il suscite auprès des profanes, la révélation progressive de l'œuvre de ses grands devanciers détourneront peu à peu de lui l'intérêt des « connaisseurs ».
L'œuvre de Memling n'échappe que lentement à cet ostracisme. Une approche plus objective commence seulement d'en dévoiler les richesses. Elle se présente aussi de plus en plus comme le couronnement du siècle des Primitifs flamands, comme un temps de classicisme avant la grande tourmente formelle qui écartèlera l'école flamande au cours du siècle suivant.
1. Racines germaniques
Les archives révèlent que Hans Memling (nom le plus souvent orthographié avec un c), peintre brugeois par excellence, est en fait un Allemand, un Rhénan. Il naît à Seligenstadt, sur le Main, entre 1430 et 1440, à l'époque où Stephan Lochner peuple de ses compositions mystiques les sanctuaires de la métropole rhénane. Qu'il ait ou non fréquenté son atelier, Memling fut marqué par le maître de Cologne, dont il transposera plus tard certaines compositions (Jugement dernier, Dantzig ; Saintes Conversations) et dont il acclimatera en Flandre le mysticisme délicat. Du séjour qu'il dut faire dans la cité rhénane, Memling emporte encore l'image précise de la Cologne d'alors (Châsse de sainte Ursule, 1489, Bruges). Mais plus que des motifs sans lendemain, c'est la calme ordonnance des compositions colonaises et leur suavité narrative qu'il greffera bientôt sur le rameau flamand.
2. L'appel des Pays-Bas
Le milieu rhénan, auquel l'apparentaient cependant ses tendances profondes, semble ne pas avoir suffi au jeune artiste. Une attraction puissante a dû l'amener à se rendre aux Pays-Bas, où le maître incontesté était alors Roger Van der Weyden. […]
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