Une représentation quelque peu âpre du monde caractérise les premières œuvres du peintre suisse Hans Erni (né en 1909 à Lucerne) ; puis l'artiste s'engage pendant quelques années dans la voie de l'art abstrait (cette période est marquée par l'adhésion au groupe Abstraction-Création) ; ses réalisations reflètent ensuite diverses influences : celles de Lurçat (Chute d'Icare, 1940), de Picasso (Thésée et le Minotaure, 1941), de Dali (Joyce a tort, Au-delà du bien et du mal, 1944) ; enfin, il revient à un art réaliste en adoptant un style proche de celui de l'Américain Ben Shahn (Rue Lamarck, 1952). Ces métamorphoses accélérées révèlent une inquiétude profonde sur le sens de la représentation humaine dans l'œuvre d'art. Le graphisme d'Erni tend parfois à devenir aussi rigoureux que celui d'un dessinateur industriel (l'artiste a suivi les cours d'une école technique à Lucerne) ; il explique aussi son intérêt pour la gravure et l'illustration. Le peintre se représente souvent en train de tracer un réseau extrêmement dense de lignes géométriques (Le Dessinateur, Vol, 1940 ; Autoportrait VI, 1946). Le rapport entre l'homme et la technique (symbolisée par des bielles ou la figuration linéaire du déplacement d'un solide dans l'espace) l'obsède jusqu'au déchirement. Erni, qui considère que l'art doit avoir, avant tout, l'homme pour sujet, qui craint l'ambiguïté et l'inactuel, produit pourtant une œuvre inactuelle et ambiguë. « Inactuelle », car le graphisme qui s'y déploie est celui d'un humaniste de la Renaissance pour qui la technique possède une valeur égale à celle que lui reconnaissait un Léonard de Vinci (Tableau-portrait, 1957 ; Les Trois Âges, 1973) ; « ambiguë », parce que ce même graphisme s'inscrit en surimpression sur une matière qui se veut brute, primitive. Le parti pris humaniste d'Erni recouvre un conflit aigu entre plusieurs langages esthétiques. L'espace de la toile est le lieu où l'artiste tente de réconcilier les tendances qui le déchirent. Il y organise une mise en perspective des grandes étapes de la représentation humaine. En 1977, la fondation Hans Erni est créée et, en 1979, le musée Hans Erni ouvre ses portes. La collaboration du peintre avec les Nations Unies commence dès 1949 avec la réalisation de peintures murales pour des expositions de l'U.N.E.S.C.O. En 1992, il peint le portrait officiel du secrétaire général Javier Pérez de Cuéllar. Pour fêter l'adhésion de la Suisse à l'O.N.U., une exposition rétrospective est organisée à Genève en 2002, Hans Erni au palais des Nations.
Marc THIVOLET
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