3. Crise de l'image, naissance de l'histoire de l'art
De plus en plus éloignée de l'enseignement chrétien, l'image était insérée dans la vie sociale la plus quotidienne et ramenée au niveau des objets d'usage courant. Sa valeur tenait au savoir-faire et au statut de son propriétaire. La distance qui séparait l'art de la religion devenait profonde. Se fondant sur des œuvres de l'humanisme florentin, au tournant du xve et du xvie siècle, André Chastel l'avait observé, l'un des tout premiers (« Art et religion dans la Renaissance italienne », in Bibliothèque d'humanisme et de Renaissance, 1945, 7). À partir de ses propres travaux, Hans Belting indique très justement qu'au xve siècle, à Venise d'abord (Giovanni Bellini. Pietà, Francfort-sur-le-Main, 1985), puis à l'époque moderne dans d'autres villes, « l'image de religion » finit par incorporer à elle des valeurs et des représentations laïques, parmi lesquelles celle du corps, et même du beau corps, entièrement modelé sur de belles images. C'est pour les décrire que naît au xvie siècle un discours, dont la pratique est aussi de l'ordre de la représentation, celui de l'histoire de l'art, centré sur la notion même de chef-d'œuvre (H. Belting, L'histoire de l'art est-elle finie ? [Munich, 1983], trad. franç., Nîmes, 1989).
Embrassant un espace très large et une chronologie très étendue, Hans Belting propose aux lecteurs d'aujourd'hui des voies de réflexion très stimulantes, qui permettent de mieux comprendre le présent à la lumière du passé.
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