Profondément troublante, l'œuvre de Hans Bellmer, peintre, dessinateur, graveur et sculpteur français d'origine allemande, n'est en rien tapageuse. Nourrie par une culture exigeante, secondée par une écriture ciselée, elle est le fruit d'une subversion du désir mûrie au cœur de la pensée. En ce sens, Bellmer est tout aussi proche d'un Sade – dont les cruautés épousent un discours critique implacable – que d'un Bataille – dont l'écriture draine les obsessions intimes. Bellmer fut aussi proche, par sa dextérité, des maîtres allemands de la Renaissance. Les surréalistes, quant à eux, offriront une terre d'asile à ce loup solitaire.
1. Naissance de la poupée
Né en 1902 à Katowice (ville alors allemande, aujourd'hui polonaise), dans une famille où l'autorité paternelle confine à l'exercice de la terreur, Hans Bellmer cultive le goût du merveilleux, via les jouets et les romans populaires. En 1922, il entre à la Technische Hochschule de Berlin, pour y apprendre le dessin industriel. Son amitié avec George Grosz aura toutefois raison des desseins de son père. Séduit depuis l'adolescence par Arnold Böcklin, Max Klinger et Aubrey Beardsley, Bellmer découvre à Paris, en 1924, Jules Pascin et Georges Seurat. De retour à Berlin, il se passionne pour l'œuvre graphique des peintres Altdorfer, Baldung Grien et Grünewald.
Lorsque les nazis accèdent au pouvoir, en 1933, Bellmer délaisse l'agence de publicité qu'il avait fondée avec sa femme Margarete, afin de n'être en rien « utile à l'État ». À la même époque, il assiste à une représentation des Contes d'Hoffmann. Le personnage d'Olympia lui inspire la création d'une « fille artificielle aux possibilités anatomiques capables de rephysiologiser les vertiges de la passion jusqu'à inventer des désirs ». Ignorant alors les recherches des surréalistes sur l'objet à fonctionnement symbolique, Bellmer fabrique, avec son frère Fritz, une poupée en étoupe durcie à la colle, abritant un « panorama » visible par le trou du nombril. Les clichés de cette « mineure a […]
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