2. L'abstrait
Réfugié en Suisse après la déclaration de guerre, Arp expose en novembre 1915, à la galerie Tanner de Zurich, ses premiers collages, faits de papiers et d'étoffes imprimées, différents des collages cubistes par l'absence de référence à un objet. À l'occasion de cette exposition, il rencontre Sophie Taeuber (1889-1943), dont les œuvres, déjà totalement abstraites, l'influencent ; ensemble ils exécutent des collages, broderies et tapisseries, dans lesquels, à leur insu, ils rejoignent la géométrisation austère des peintures qu'au même moment composaient Mondrian et Malévitch. À l'objectivité du langage plastique, Arp ajoute l'impersonnalité relative de l'exécution : les ciseaux pouvant encore trahir la vie de la main sont remplacés par le massicot pour le découpage des papiers. L'artiste est alors « hanté par l'idée d'absolu », et ses œuvres « cherchent à atteindre, par-delà l'humain, l'infini et l'éternel » ; en même temps, l'abstraction, par son caractère d'universalité, à une époque où l'Europe est en guerre, représente pour Arp une garantie contre la confusion et la discorde. Ces ouvrages sont motivés par le refus de tout ce qui appartient à un « monde révolu d'orgueil et de prétention ». La même volonté de rupture avec les valeurs établies caractérisera le dadaïsme, dont, à Zurich, en 1916, Arp, Tzara, Ball, Janco et Hülsenbeck seront les principaux fondateurs.
Déjà, en 1915, dans son poème « Chair de rêve », Arp anticipait sur l'entreprise dadaïste de désarticulation des formes d'expression traditionnelles par de surprenantes associations d'images, des rapprochements insolites de mots. « Autour des alouettes spongieuses pullule le ciel rocailleux. Les bateaux basculent dans leurs fauteuils à bascule. »
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