4. L'hallucination, dialogue avec la réalité
Le caractère « projectif » de l'hallucination a donné lieu à de multiples études. Philosophes et psychologues, phénoménologues et gestaltistes se sont associés aux psychiatres pour essayer de comprendre, au-delà des seules descriptions cliniques et évolutives traditionnelles, la signification des troubles psychosensoriels. Et l'on pense immédiatement aux symbolismes et aux archétypes, aux affects primitifs émanés de l'inconscient individuel et collectif, à la puissance évocatrice, de l'ordre des désirs et des peurs, qui se profile de façon « latente » derrière les perceptions trompeuses. Les hallucinations apparaissent bien, alors, comme des pulsions « archaïques » qui prennent le pas sur l'exercice usuel des organes des sens.
Toutefois, il est un autre mode d'approche qui permet de situer l'halluciné non plus seulement par rapport à lui-même, mais bien par rapport à autrui et par rapport au monde : le concept de « champ spatial hallucinatoire ». Au lieu d'être considéré dans l'univers clos où l'enferment ses fictions, le malade est alors étudié au regard des relations qu'il essaie d'établir et d'entretenir avec son entourage plus ou moins immédiat ou plus ou moins lointain.
Dans cette perspective, le « dialogue » hallucinatoire devient objet de science sociale, et la psychanalyse de l'homme se double d'une psychanalyse des objets. Science sociale, car l'halluciné, qui est sans cesse en situation d'altérité par rapport à lui-même, croit toujours être en relation avec autrui. Psychanalyse des objets, car l'halluciné ne se contente pas d'inclure dans son champ perceptif des objets qui n'existent pas, il décèle une plasticité magique dans les objets ambiants, il les rend complices de ses propres chimères. Les objets, en effet, ne sauraient rester neutres au regard des animations hallucinatoires : supports des schèmes perceptifs, ils se chargent de puissances insolites, ils constituent le mécanisme instrumental des vecteurs animist […]
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