2. La vie du peuple
Le Grand Tisserand de Cachemire, roman insolite, avait été assez peu goûté des Islandais. Du reste, l'auteur adopta bientôt un style plus réaliste et plus populaire. Un récit en deux volumes, généralement intitulé Salka Valka (1931-1932), histoire de la naissance des mouvements ouvriers dans un village de pêcheurs, fut plus apprécié du peuple islandais, de la classe ouvrière au moins. Qu'un auteur comme Laxness ait voulu dépeindre le paysan islandais, tout comme Knut Hamsun, qu'il admirait, l'avait fait pour le paysan norvégien, il n'y avait là rien que de très naturel. En 1935, parut Sjálfstaett fólk (Gens indépendants) où Laxness montre la lutte que mène le petit paysan islandais dans un pays revêche, son obstination et son indomptable ténacité pour se suffire à lui-même et devenir « indépendant ». L'auteur atteint ici l'apogée de son art, et s'y maintient dans la tétralogie Heimsljós (1937-1940, Lumière du monde), où l'on montre un pauvre homme épris de poésie qui erre parmi les hommes dans les campagnes et au bord de la mer, entre en possession d'une minable chaumière et y habite avec femme et enfants jusqu'au moment où on lui prend sa hutte ; mais nul ne peut lui retirer la beauté de la poésie et la splendeur du ciel. Le roman se fonde sur le journal d'un instituteur itinérant que l'on conserve à la Bibliothèque nationale de Reykjavik.
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