Élève de Cherubini, comme son contemporain Auber, Halévy fut avec ce dernier l'une des gloires musicales de la Restauration et de la monarchie de Juillet. Là s'arrête la ressemblance ; Auber est l'héritier de l'opéra-comique et transpose l'esprit du xviiie siècle à l'usage de la bourgeoisie voltairienne du xixe siècle. Au contraire, le souci de la couleur locale et de l'histoire, un goût prononcé pour les effets violents et dramatiques, mais aussi une grande générosité font d'Halévy l'exact contemporain de la bataille d'Hernani. Mais il fallait être Berlioz pour résister aux faiblesses du goût musical de ce temps : l'italianisme envahissant, le goût, mal contrôlé, du bel canto, qui conduit à bien des concessions ; une certaine monotonie aussi, dans des effets dramatiques parfois artificiels. Ces défauts sont graves et ont fait vieillir une musique incontestablement sincère, généreuse et soigneusement écrite.
Après des débuts difficiles (bien qu'Halévy ait obtenu le prix de Rome à vingt ans), le succès fut foudroyant à l'Opéra avec La Juive (1835), sur un livret de Scribe. Rien d'ailleurs n'avait été négligé pour obtenir ce succès : librettiste déjà en renom, distribution fameuse et mise en scène fastueuse (plus de cent mille francs pour les décors et les costumes). Le succès se poursuivit avec L'Éclair (1835), Guido et Ginevra (1838), Charles VI (1843) et surtout La Reine de Chypre (1841), qui fut aussi un triomphe. Professeur au Conservatoire, Halévy eut pour élèves Gounod, Victor Massé et Bizet, qui allait devenir son gendre. Son neveu Ludovic Halévy devait être le librettiste d'Offenbach.
Philippe BEAUSSANT
Retour en haut



