Écrivain de la culture européenne, de la liberté et de la responsabilité de l'individu, György Konrád est un des plus importants romanciers et essayistes contemporains. Né en 1933 à Berettyóújfalu près de Debrecen (Hongrie), dans une famille juive, il a connu l'oppression du régime de l'amiral Miklós Horthy, l'occupation de son pays par les troupes allemandes, la déportation et l'extermination d'une grande partie de sa famille et de ses amis, puis, après les traités de Yalta, la division politique de l'Europe et la soumission de son pays natal au régime soviétique. Toute son œuvre portera la trace du « sombre temps » que fut le xxe siècle. Konrád termine ses études de sociologie en 1956, en pleine révolution hongroise, dans laquelle il s'engage activement. Il devient alors simple aide-infirmier dans les services sociaux de Budapest, au contact des populations les plus défavorisées de son pays.
En 1969, le premier roman de Konrád, Le Visiteur (trad. franç. 1974), obtient un vif succès. Konrád y évoque la vie tragique d'un intellectuel hongrois, artisan et victime exemplaire de la réalité historique et politique de son pays. Dans La Marche au pouvoir des intellectuels (livre publié en 1978, d'abord en Allemagne puis en Hongrie en 1989, et traduit en français en 1979), György Konrád et le sociologue Ivan Szélényi pointent l'évolution du marxisme au profit de l'intelligentsia, et le pouvoir grandissant de celle-ci sur le prolétariat. Konrad est alors brièvement emprisonné, puis libéré, suite aux protestations internationales. Mais il se voit interdit de publication. Convaincu que seul le socialisme pourrait empêcher l'avènement d'un deuxième Auschwitz, mais poussé par la réalité, il rejoint le camp de l'opposition démocratique et contribue, dans les années 1980, avec Vaclav Havel, Milan Kundera, Adam Michnik et Pavel Kohout, au bouleversement de la scène politique en Europe centrale. Dans son recueil d'essais L'Antipolitique. Méditations centre-européennes (1982), l'écri […]
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