5. Faillite de l'économie étatisée
La « petite » Guyana dispose de bons atouts pour son développement : importantes réserves minières (bauxite mais aussi or, diamants, manganèse et uranium), énormes ressources hydroélectriques, terres aptes à l'agriculture sur la bande du littoral. Voulant briser l'emprise des sociétés multinationales qui contrôlent la quasi-totalité des richesses, le gouvernement de Forbes Burnham pense tracer la « voie guyanaise vers le socialisme », à travers le « coopérativisme », doctrine officielle de la République. Quelque mille coopératives sont constituées, dans les domaines de la construction, de la pêche, de l'élevage, de l'abattage du bois, de la distribution. À l'apogée de ce système, vers 1978, elles ne représentent pourtant que 10 p. 100 de l'activité économique, et seules la moitié d'entre elles fonctionnent réellement. Le fait est que, pendant le « règne » de Forbes Burnham, c'est l'État qui se renforce, au point de devenir le principal agent de l'économie, en dirigeant plus de trente state corporations. En 1971 et en 1974, les compagnies Alcan (canadienne) et Reynolds (américaine), qui exploitent la bauxite, principale source de devises, sont nationalisées. En 1975 et en 1976, c'est le tour du secteur sucrier, contrôlé en grande partie par le consortium britannique Booker. Ne restent dans le secteur privé que 20 p. 100 de l'activité économique. Mais les nationalisations sont loin de produire les bénéfices attendus. Plus qu'une société socialiste, elles engendrent un capitalisme d'État marqué par de graves erreurs de gestion et par l'inefficacité. Des facteurs externes, très défavorables, viennent noircir le tableau : choc pétrolier de 1973, mauvaise tenue des prix internationaux pour les produits exportés (principalement bauxite et sucre).
Tandis que le projet coopérativiste fait eau de toutes parts, le revenu per capita se réduit de 25 p. 100 entre 1981 et 1985. Le chômage et l'inflation augmentent ; le marché noir prospère, à cause de la pénurie de biens courants. Comme dans d'autres pays d'Amérique latine, la dette extérieure, qui atteint 1,3 milliard de dollars en 1985, se transforme en une épée de Damoclès.
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