2. Une population mêlée
Les premières installations européennes, sur l'Essequibo en 1616, furent l'œuvre des Hollandais ; en 1627, d'autres Hollandais s'établissaient sur la rivière Berbice et fondaient Fort Nassau. Certes, une colonie anglaise s'implanta sur le fleuve Surinam en 1651, mais c'était sur le territoire de la future Guyane hollandaise. Jusqu'en 1814, la Guyane dite « britannique » fut donc administrée par des Hollandais, le commerce étant assuré par l'intermédiaire de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales (tout au moins jusqu'en 1792). La plus grande figure de l'histoire de la colonie fut, au xviiie siècle, Laurent Storm van's Gravesende ; il administra les régions de l'Essequibo et du Demerara, qui furent réunies en une seule colonie en 1784.
La ville de Georgetown (137 000 habitants en 2002, dont 35 000 seulement dans la cité), de nos jours capitale de la Guyana, n'a été fondée qu'en 1781. Au cours des guerres de la Révolution et de l'Empire, l'Angleterre occupa les colonies hollandaises et finalement acquit en 1814 les colonies du Demerara, de l'Essequibo et du Berbice. Jusqu'en 1831, date de l'union définitive, l'ensemble Berbice-Demerara et l'Essequibo furent administrés par deux gouverneurs distincts.
À cette date, la colonie comptait un petit nombre de colons anglais qui faisaient travailler des esclaves noirs. L'esclavage fut supprimé progressivement de 1834 à 1838, et l'on attribua aux Noirs des parcelles des anciennes plantations. Le passage de l'esclavage au travail libre paraissait se réaliser mieux qu'ailleurs, lorsque éclata une très grave crise économique due à la décision de la métropole anglaise de renoncer au protectionnisme pour autoriser le libre-échange : le sucre étant la production principale de la Guyane au xixe siècle, la crise due à la concurrence de plus grands producteurs, comme le Brésil et Cuba, fut difficile à résorber.
Cependant, les colons anglais avaient fait appel pour le développement de la colonie à des émigrés de l'Inde (qui furent introduits d'abord avec engagement de trois ans), ce qui permit de développer de nouvelles cultures, en particulier celles du riz et du café. La canne à sucre resta pourtant la culture principale, tandis que l'immigration hindoue continuait jusqu'en 1917. De 1846 à 1917, 240 000 émigrés arrivèrent en Guyane anglaise, y compris un certain nombre de Chinois et quelques Portugais.
La démographie de la Guyana est donc fort complexe. Les tensions entre Indiens et Noirs, éléments principaux de la population, ont été vives au cours des dernières décennies.
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