« Le miracle GLM » est l'œuvre du poète Guy Lévis Mano. Car il deviendra typographe parce qu'il est d'abord poète. Puis éditeur parce qu'il est typographe.
En 1935, GLM achète sa première vraie presse, une Minerve à pédale. L'importante revue Arts et métiers graphiques de Peignot remarque tout de suite ses pages, ses couvertures, et les reproduit. Dès le début, les plus grandes voix l'accompagnent. René Char préface son catalogue : « Ce ne sont pas, écrit-il, les secrets de fabrication, les arcanes des artisans superbes, comme autant d'as évanouis, qui manquent principalement à qui entreprend de nos jours l'édition de difficiles livres, mais bien ce sentiment souverain, et lui seul, l'amour profond, sans quoi il n'est pas de glorieux ouvrage. »
De 1935 à 1939, la petite cour de la rue Huygens est un havre de poésie, un lieu où se retrouvent écrivains et poètes amis dont GLM publiera les œuvres : Eluard, Breton, Bataille, Jouve, Michaux, Char, Prévert, Soupault, Leiris, Gisèle Prassinos, Schéhadé, Tzara, et bien d'autres. De remarquables peintres et graveurs illustreront ses livres, parmi lesquels : Giacometti, Masson, Miró, Picasso, Max Ernst, Man Ray, Coutaud, Sima, Mario Prassinos, Valentine Hugo, Vilato...
GLM, qui fréquenta et publia les poètes et les artistes les plus prestigieux, cherchait avant tout l'homme au fond du poète et garda tout au long de sa vie le goût de la rigueur et de la simplicité. « Je salue en vous l'ouvrier total, lui écrivait Gaston Bachelard. Vous avez vraiment connu les hommes lettre par lettre. »
En 1939, ce fut la « drôle de guerre » suivie de cinq années de captivité qui devaient durablement le marquer. En 1942, Albert Béguin, qui préparait un recueil de poèmes de captivité, reçut des camps plusieurs centaines de manuscrits. L'un de ceux-ci, rapporte-t-il, « était signé d'un pseudonyme qui aurait dû me mettre sur la voie et me faire connaître en Jean Garamont l'imprimeur de tant de poètes... Cette voix frappait aussitôt. »
La longue nuit du priso […]
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