Peut-on parler du situationnisme et, singulièrement, de Guy Debord ? Le premier s'est paradoxalement ingénié à rassembler des révolutionnaires qui refusaient de devenir un parti politique ou un mouvement artistique d'avant-garde ; le second a construit sa vie en n'en livrant que le mythe fragmentaire, du lieu même qui était le sien, c'est-à-dire la clandestinité intellectuelle et la mystification. De là une double gêne : il y a de l'imposture à résumer la vie de qui s'est acharné à dénoncer l'aliénation de la vie par sa mise en spectacle ; de l'imposture aussi à rédiger le formulaire hâtif d'une pensée hégélienne dans son principe, qui s'impose dialectiquement de porter en elle sa propre critique et qui méprise l'argumentation ou l'art dès lors qu'ils ne se réalisent pas dans la praxis et l'accomplissement révolutionnaire de la vie quotidienne. Debord propose précisément la critique radicale de cette vie quotidienne, que le capitalisme moderne a organisée en “spectaculaire diffus” et le bloc des pays de l'Est en “spectaculaire concentré”. Ce système totalitaire d'illusions sera réanalysé plus tard sous le concept de “ spectaculaire intégré” (Commentaires sur la société du spectacle, 1988), quand le discours médiatique aura définitivement assis le pouvoir des propriétaires du monde. Il n'y a pas de distinction à opérer entre de bonnes et de mauvaises représentations : le faux est la règle commune dès lors qu'on a affaire à l'activité séparée, à la pensée spécialisée, auxquelles s'oppose la construction globalisante de la révolution. C'est elle qui peut détruire l'aliénation des individus, expulsés de leur propre vie par le spectacle qui s'offre à eux comme seul substitut possible. Quant aux intellectuels, ils s'emploient à diffuser une idéologie de la survie dans la consommation du vide, interdisant de la sorte l'usage de la vie librement réinventée.
La biographie connue de Debord se réduit à peu de chose : Panégyrique (1989) ruine le projet autobiographique au moment même où il l'annon […]
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