2. La course à la production
Il veut que le nom, légué par un père méprisé, devienne un autre, le sien, celui d'un écrivain célèbre ; il veut de l'argent, pour sortir de la pauvreté, puis pour le dépenser en plaisirs luxueux ; il veut gagner la faveur de toutes les femmes pour ne pas se marier ; il veut créer pour ne pas procréer. Il s'acharnera donc à écrire : en une douzaine d'années, quinze recueils de nouvelles, six romans, trois volumes de récits de voyage, deux pièces de théâtre et des centaines de chroniques. Tout cela au milieu d'une vie mondaine souvent tapageuse, au cours de voyages fréquents. Peut-être cette activité fiévreuse a-t-elle aussi pour cause le pressentiment d'une fin précoce : en janvier 1892, la puissante machine à vivre et à produire s'arrête, et, au terme d'une agonie de seize mois dans la maison de santé du Dr Blanche à Auteuil, Maupassant meurt de paralysie générale.
L'œuvre est marquée par les conditions de sa genèse. Elle se compose, pour sa plus grande partie, de morceaux de courte haleine qui, se ressemblant tous, forment une suite où il est difficile de percevoir une évolution. L'expression ne change guère et, malgré la richesse des matériaux anecdotiques, ce sont les mêmes thèmes qui reviennent toujours : l'impossibilité de la communication entre les hommes, l'amour malheureux d'êtres épris d'idéal et d'autres, prisonniers de leurs sens ; la désagrégation de la famille, la guerre, la folie, la mort et la critique impitoyable d'une humanité égoïste, bornée et hypocrite. Les milieux sont aussi presque toujours les mêmes : la campagne normande, habitée par des paysans et des hobereaux, et Paris où se côtoient, sans se connaître, de petits fonctionnaires, de grandes dames et des prostituées. Les personnages ne diffèrent que selon leur appartenance à une catégorie – riches, pauvres, nobles, bourgeois, paysans, mères de famille asexuées, femmes faciles, maris trompés, amants parasites... – et leurs tragédies banales ne suffisent pas pour les individu […]
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