Redécouvert en 1975 par Jacques-Grégoire Watelet (Gustave Serrurier-Bovy, architecte et décorateur 1858-1910, Académie royale de Belgique, Bruxelles), le meublier et décorateur Serrurier-Bovy doit être compté parmi les premiers représentants de l'Art nouveau sur le continent européen. Fils d'un entrepreneur de menuiserie, il fit ses études secondaires à l'Athénée de Liège en même temps qu'il suivait les cours de l'École des beaux-arts. Au cours d'un voyage à Londres, le jeune artiste se passionne pour la rénovation du cadre de vie qui s'accomplit en Grande-Bretagne depuis les recherches de William Morris et de ses disciples. À son retour, abandonnant l'architecture qui l'avait d'abord attiré, il décide de se consacrer au décor du home.
Dès 1884, après son mariage avec Maria Bovy, la firme Serrurier-Bovy est fondée à Liège. Son activité initiale consiste à importer des meubles et des éléments de décoration en provenance de la Grande-Bretagne et du Japon. Dix ans plus tard, Gustave Serrurier est passé au stade de la création. En 1894, au Salon de la libre esthétique, à Bruxelles, il présente un cabinet de travail et, l'année suivante, une chambre d'artisan. Ce sont des œuvres débarrassées des réminiscences des styles anciens. La critique européenne en salue l'originalité, le maître ébéniste va pouvoir exposer à l'étranger
. Il ouvre une succursale à Bruxelles et bientôt à Paris. À l'Exposition universelle de 1900, à Paris, en collaboration avec l'architecte René Dulong, Serrurier réalise un restaurant, le Pavillon bleu, dont le décor exubérant, très Art nouveau, contraste avec la sobriété du mobilier laqué blanc.
Photographie
Étagère de Gustave Serrurier-Bovy Gustave Serrurier-Bovy, Étagère, palissandre, verre et laiton, vers 1895, 75 cm × 149 cm.
Crédits: Sotheby's/ AKG Consulter
Partisan de « l'art pour tous », le maître crée, pour les logements sociaux construits à l'occasion de l'exposition de Liège, en 1905, un mobilier d'ouvrier qui enthousiasme les leaders du Parti ouvrier belge. La dernière manifestation publique de Gustave Serrurier eut lieu à l'exposition de Bruxelles, en 1910. Là, ses meubles ont abandonné les courbes, ils témoignent d'une nouvelle géométrie : on peut déjà entrevoir la transformation qui s'opérera après la Première Guerre mondiale et culminera dans le style 1925. Une page était tournée dans l'histoire du mobilier. L'Art nouveau avait vécu : le maître mourut en même temps que lui, brusquement, et son entreprise disparut quelques années plus tard.
Roger-Henri GUERRAND
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